Santé et sexualités

Quand la médecine croise l’intime : nouvelles normes et enjeux contemporains

 

Présentation générale

Ce séminaire de recherche interdisciplinaire a pour objectif d’approfondir les interactions (et parfois les écarts) entre les questions de santé et de sexualité, notamment à partir de la notion de santé sexuelle.

L’une des spécificités de la recherche sur le VIH/sida est d’avoir, dès le départ, essayé de penser ensemble les enjeux de sexualité et de santé, en y ajoutant de surcroît une perspective éthique de droits du patient et de lutte contre les discriminations et la stigmatisation. L’un de ses écueils est sa tendance à n’envisager les sexualités qu’à travers ce prisme de santé publique ou de promotion de la santé.

Ce séminaire veut donc réfléchir à ces relations, en faisant connaître les recherches en sciences sociales les plus récentes à ce sujet. En effet, les approches de sciences sociales sur les questions de santé sont encore souvent délégitimées au profit des approches biomédicales. Or ce champ particulièrement dynamique permet de saisir d’autres enjeux, notamment les dimensions sociales, politiques et subjectives de la santé et des sexualités. Ce séminaire veut donc relancer le dialogue entre champs de recherche, disciplines, professionnels et militants, tout en offrant une actualisation des connaissances à partir de la confrontation de points de vue issus de champs différents.

En pratique

Le séminaire a lieu, sauf exceptions, les mardis après-midi de 14h00 à 16h30 à l’Université Saint-Louis, 43 boulevard du Jardin Botanique, Salle des examens.

Il est gratuit et ouvert à tous.tes : chercheur.es, étudiant.es, intervenant.es psycho-médico-sociales, individu.es…

Programme

24/10/17 18h00 La santé sexuelle : histoire du concept et approche critique
16/11/17 14h00 Le traitement préventif du VIH (PrEP) chez les gays et les migrants : quels enjeux ?
18/12/17 19h00 Séance spéciale autour du film « 120 battements par minute »
30/01/18 14h00 Filiation, genre et sexualité à travers la PMA et la GPA
27/02/18 14h00 Sexualité, genre et contraception
13/03/18 14h00 Les trajectoires et engagements des femmes séropositives
24/04/18 14h00 Les parcours trans’ : enjeux de santé et de sexualité
29/05/18 14h00 Santé et sexualités en prison (et à la sortie)
19/06/18 18h00 Multipartenariat : infidélité et espaces de négociation

 

Mardi 24 octobre 2017 ● 18h00-20h30 ● Salle des examens
La santé sexuelle : histoire du concept et approche critique

Discutants : David Paternotte (ULB) et Tereza Tylova (CPF Leman d’Etterbeek)

Alain Giami

« La stratégie nationale de santé sexuelle en France : de l’émergence d’une notion à la mise en place d’un dispositif politique de santé publique. »

  • Le concept de santé sexuelle a été forgé au cours des années 1970 par un groupe de sexologues européens et nord américains œuvrant dans le contexte de l’OMS. Ce concept a évolué au fil des années et s’est construit avec l’ajout de la notion de droits sexuels qui y ont été articulés de façon indissociable. Des organisations internationales telles que l’OMS, l’IPPF ou la WAS ont forgé la notion moderne de santé sexuelle / droits sexuels.  C’est au cours de l’année 2016 que le Haut Comité pour la Santé Publique (HCSP) en France a publié son rapport sur la santé sexuelle et reproductive, suivi de la mise en place d’une stratégie nationale de santé sexuelle (2017-2030). On discutera les tensions existantes entre santé sexuelle et santé reproductive, les places reproductives de la santé reproductive et du dispositif de production du sida et des IST et enfin l’utilisation qui est faite des droits humains. On s’interrogera sur les fonctions respectives des notions de santé et de droits comme régimes contemporains de vérité de la sexualité.

Brenda Spencer

« Prestations en santé sexuelle et reproductive : quel impact des représentations du genre ? »

  • Les données probantes (Evidence-Based Medicine) sont de plus en plus avancées comme fondements des activités médicales. Néanmoins, pour les sciences sociales, ces activités se fondent également sur des discours, des logiques institutionnelles, des représentations… Ainsi, nous pouvons questionner les rôles attribués à l’homme et à la femme hétérosexuel-le dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive (SSR). A travers une série d’exemples tirés de différents aspects de la SSR, on mettra en évidence les différences de traitement entre les hommes et les femmes et ainsi, ce que ces différences peuvent impliquer en termes de perception des rôles du genre des décideurs et des professionnel-le.s concerné-e-s par la SSR.

Jeudi 16 novembre 2017 ● 14h00-16h30 ● Salle des examens
Le traitement préventif du VIH (PrEP) chez les gays et les migrants : quels enjeux ?

Discutant : Olivier Schmitz (UCL)

Vinh-Kim Nguyen

« Pour une histoire de la fin du sida : perspectives anthropologiques sur la PrEP. »

  • Suite aux essais « Ipergay » et « Proud », il y a eu un engouement pour la PrEP autant dans les milieux gays des métropoles du Nord que dans les programmes de lutte contre le sida en Afrique, où l’on y voit un outil pour combattre la lassitude et l’épuisement financier des grands bailleurs. Cependant l’efficacité de la PrEP est autant biologique que sociale, construite à travers des mobilisations communautaires, l’intuition clinique, l’alchimie mathématique, et le pouvoir de convoquer — et inciter — la population « juste » : comment réunir ses conditions « gagnantes » loin des berceaux franco-britanniques ? Qu’est-ce que la PrEP et son déploiement peut nous renseigner, plus largement, sur l’entreprise biomédicale aujourd’hui,  la constitution d’un appareil de santé mondiale (Global Health) et la post-colonialité africaine ?

Laure Hadj

« De l’acceptabilité à l’accès à la PrEP chez les migrants originaires d’Afrique subsaharienne installés en Ile-de-France. »

  • En 2016, parmi les personnes originaires d’Afrique subsaharienne rencontrées, aucune n’avait entendu parler de la PrEP. Après explications, elles envisageraient d’utiliser cette nouvelle offre de prévention à l’infection du VIH moyennant cependant de lever les confusions ou les inquiétudes qu’elle peut susciter. En 2017, selon les professionnels de santé rencontrés aucun migrant originaire d’Afrique subsaharienne ne serait sous PrEP. Des mobilisations de médecins et/ou d’acteurs associatifs se développent pour favoriser l’accès à la PrEP chez ces populations.

Lundi 18 décembre 2017 ● 19h00-22h00 ● Cinematek (Monts des arts, Rue Baron Horta 9, 1000 Bruxelles)
Séance spéciale, en collaboration avec Pink Screens, autour du film « 120 battements par minute »

Projection du film en présence de son réalisateur, Robin Campillo (sous réserve)

Christophe Broqua

« Ce que montre et ne montre pas 120 battements par minute »

  • La projection à Cannes puis la sortie en France du film 120 battements par minute ont provoqué un concert d’éloges étonnement unanimes, entaché de très rares critiques (certes parfois très dures). L’émotion et l’intérêt suscités méritent d’être interrogés en même temps que le contenu du film qui les a inspirés. Il s’agira tout d’abord de comprendre les enjeux de sa réception à partir de ce que montre mais aussi ce que ne montre pas le film de l’histoire d’Act Up ou des homosexuels confrontés au sida, puis d’éclairer les logiques sociales et politiques de la mémoire, dans son lien avec l’histoire, telles que révélées par quelques-unes des réactions au film et à son impact.

Mardi 30 janvier 2018 ● 14h00-16h30
Filiation, genre et sexualité à travers la PMA et la GPA

Marta Roca i Escoda

« La procréation partagée comme modalité d’entrée en parenté des couples lesbiens en Catalogne »

  • Cette présentation visera à montrer comment la composante biogénétique est engagée dans la conception de la filiation, du point de vue du droit, mais aussi de la parenté, à travers les pratiques procréatives des couples lesbiens en Catalogne. Je vais montrer comment dans ces débats et pratiques, le corps est engagé dans la formation de la parenté homosexuelle. Pour ce faire, je vais me focaliser sur une configuration nouvelle de la procréation issue du développement des techniques de reproduction assistée, la modalité appelée ROPA (réception des ovocytes de la partenaire).

Jérôme Courduriès

« Ce que fait la gestation pour autrui aux conceptions de la parenté et de la sexualité reproductive. L’exemple français »

  • La gestation pour autrui (GPA) est une technique d’assistance médicale à la reproduction et participe à ce titre à la déliaison qui s’est amplifiée ces dernières décennies entre sexualité conjugale, reproduction et parenté. Elle la pousse plus loin encore concernant les femmes puisque dans le cadre d’une gestation pour autrui, jusqu’à trois femmes peuvent être impliquées et prendre en charge chacune une parcelle des attributs d’ordinaire maternels. Des figures concurrentes peuvent émerger et une première ligne directrice des représentations occidentales de la parenté est ainsi contestée : celle de l’exclusivité de la filiation . La GPA est par ailleurs la voie sans doute privilégiée par les gays français pour devenir pères sans mère et contribue ainsi à la mise en question de la filiation bi-sexuée. Ensuite l’émergence d’autres figures que les deux seuls parents, qui prennent part à la conception et à la venue au monde d’un enfant, interroge les contours du groupe de parenté. Enfin, l’existence même de ces enfants, dont la naissance a été voulue par des parents français qui les élèvent sur le sol français pose à la justice et à l’Etat civil français une question qui ne lui avait plus été posée depuis la disparition dans le droit français de la filiation illégitime : à quelles conditions l’enfant d’un français (y compris lorsqu’il est son géniteur) peut-il être reconnu comme le sien aux yeux de l’Etat civil français ? Ces différents points permettront de voir comme la gestation pour autrui constitue un défi pour les conceptions euro-américaines de la parenté dont les grandes lignes ont été identifiées par David Schneider (1968). Je m’appuierai sur la littérature disponible, mais aussi sur une enquête à caractère ethnographique menée auprès de 26 familles françaises ayant un ou plusieurs enfants nés d’une gestation pour autrui et auprès de magistrats français.

Mardi 27 février 201 ● 14h00-16h30 ● Salle des examens
Sexualité, genre et contraception

Discutante : Valérie Piette

Cécile Thomé

« Jouir sans entraves » ? Analyse des effets sur la sexualité de la féminisation de la contraception

  • Cette communication vise à interroger l’évolution de la responsabilité contraceptive en France depuis la légalisation des méthodes médicales de contraception (1967) ainsi que les effets que cette évolution a eu sur la sexualité hétérosexuelle. Elle s’appuie sur un corpus de 71 entretiens ainsi que sur des données quantitatives issues des enquêtes FECOND (2010, 2013, Inserm/Ined). On reviendra d’abord sur la féminisation de la contraception (et même de l’utilisation du préservatif masculin) ainsi que de la responsabilité qui y est associée, en s’intéressant aux différents aspects de ce « travail contraceptif » qui peut être aussi bien logistique que mental. Dans un second temps, il s’agira de voir comment cette responsabilisation des femmes a des effets genrés sur la sexualité, aussi bien en termes de représentations que de désir et de plaisir.

Cécile Ventola

« La place des représentations professionnelles du genre et de la sexualité dans les recommandations contraceptives : une comparaison France/Angleterre »

  • TEn France et en Angleterre, les contraceptions masculines occupent des places très différentes dans la structure des usages contraceptifs : la vasectomie et le préservatif sont utilisés par la moitié des usager.e.s outre-Manche et par seulement 15 % des personnes en France. Ces différences nationales sont explorées à partir d’une comparaison des pratiques et des représentations des professionnel.le.s de santé en charge de la recommandation et de la prescription contraceptives. L’encadrement des pratiques, la formation des professionnel.le.s et les orientations politiques des deux pays participent à des appréhensions très contrastées de l’implication des hommes en matière contraceptive.

Mardi 13 mars 2018 ● 14h00-16h30 ● Salle des examens
Les trajectoires et engagements des femmes séropositives

Vanessa Fargnoli

« Mourir du regard des autres » : expériences et perceptions du stigma de femmes séropositives ordinaires en Suisse romande

  • Ne pas appartenir à un groupe identifié comme « à risque » protège-t-il des stigmas originels du sida ? C’est à cette question que je tenterai de répondre, à travers trente récits de vie de femmes séropositives « ordinaires » en Suisse romande, en abordant les thématiques du self-stigma, de la discrimination et de la pénalisation du VIH.

Marjorie Gerbier-Aublanc

« Sexualité et recomposition des rapports de genre : trajectoires féminines et discours ordinaires dans les associations d’Africain.e.s vivant avec le VIH en France »

  • TLe tournant des années 2000 marque, dans la lutte contre le VIH en France, l’émergence d’une nébuleuse associative portée et gérée par des personnes d’Afrique Subsaharienne. Les femmes vivant avec le VIH incarnent les piliers de ces dynamiques communautaires. L’analyse de leurs trajectoires d’engagement, des interactions et discours ordinaires qui s’y tiennent quotidiennement, met en lumière un processus de recomposition des rapports de genre, au sein duquel la sexualité occupe une place de premier ordre.

Mardi 24 avril 2018 ● 14h00-16h30 ● Salle des examens
Les parcours trans’ : enjeux de santé et de sexualité

Emmanuel Beaubatie

« Parcours trans’, sexualités et rapports au risque d’infection par le VIH »

  • La population trans’ est très touchée par l’épidémie du sida. Pourtant, la littérature scientifique sur le sujet ne se penche guère sur ses spécificités face au risque d’infection. Elle évoque rarement les risques sociaux et psychosociaux qui se présentent lors des parcours de changement de sexe et qui peuvent reléguer le souci du VIH au second plan. De même, le rapport au risque n’est jamais situé dans les trajectoires socio-sexuelles des hommes et des femmes trans’, dont les subjectivités restent empreintes des socialisations préventives initiales bien après la transition. Ces parcours et socialisations étant par ailleurs variables selon les caractéristiques sociales des personnes, cette présentation portera sur la diversité des modes de construction du risque parmi les trans’ vivant en France.

Karine Espineira

« Transidentités : études de cas ou parias ? Processus croisés liés à la sexualité et au genre »

  • L’étude des processus croisés liés à la sexualité des transidentités a mis en lumière des formes d’objectivisation des personnes et de leurs expériences de vie, soit par « un trop plein » de genre soit par « un trop plein » de sexualité. L’une des conséquences principales aura été de cantonner le sujet à l’étude de cas ou de lui conférer un statut de paria. Ces catégorisations ont entre autres effets l’oubli du sujet en tant qu’acteur social – inscrit dans un tissu relationnel, affectif, amical, familial, professionnel – et de ses besoins spécifiques comme ceux liés à la santé, selon les parcours de vie.

Mardi 29 mai 2018 ● 14h00-16h30 ● Salle des examens
Santé et sexualités en prison (et à la sortie)

Meoïn Hagège

« Sortir de prison avec le VIH ou une hépatite C, un processus d’ajustements pluriels »

  • Il s’agira d’aborder un moment particulier des parcours de soins d’hommes qui vivent avec le VIH ou une hépatite C et qui ont été incarcérés. Du point de vue des sortants, la sortie est une expérience liminaire, entre dedans et dehors et faite d’incertitudes, qui peut s’anticiper ou non, mais qui rend les patients vulnérables aux risques sociaux et sanitaires. Du point de vue institutionnel, la sortie de prison cristallise les préoccupations des professionnel.les de santé autour de l’interruption de la prise en charge et du risque de résistances aux traitements. Elle est conçue comme un problème de santé publique par les professionnel.les et permet mal d’appréhender les autres dimensions de l’expérience de la sortie de prison : les dimensions somatique et administrative (accès aux droits et aux services), celles liées à l’insertion relationnelle et à l’insertion par le travail et enfin, la dimension temporelle (particulière à l’expérience de passage du seuil entre dedans et dehors).

Gwenola Ricordeau

« Penser la sexualité en prison »

  • Cette présentation, à partir de mes propres travaux et d’un état des recherches et de la connaissance dans le champ de la sexualité en prison, est organisée autour de trois questions : Comment les représentations sur la sexualité façonnent-elles son organisation en prison ? La prison est-elle productrice de sexualité ? Comment la sexualité s’articule-t-elle aux hiérarchies carcérales ?

Mardi 19 juin 2018 ● 18h00-20h30
Multipartenariat : infidélité et espaces de négociation

Marie-Carmen Garcia

La sexualité à l’épreuve de la clandestinité. Emancipation et « prises de risques »

  • Marie-Carmen Garcia est sociologue, professeure des universités à l’Université Paul Sabatier Toulouse III, directrice adjointe du Cresco (Centre de recherche en sciences sociales, sport et corps) et chercheuse associée au Centre Max Weber (Lyon). Elle a été auparavant été Maître de Conférences en sociologie à l’Université Lumière-Lyon 2. Sociologue du genre, elle s’intéresse aux modes de production des féminités, des masculinités et des relations entre les sexes dans et par des institutions publiques d’une part et dans la vie privée d’autre part. La variété de ses terrains répond à un questionnement général sur les modes de socialisations secondaires articulant le genre et les corporéités. Elle a publié plusieurs ouvrages, dont Culture hip hop, jeunes des cités et politiques publiques (avec Sylvia Faure, La Dispute, 2005) et Artistes de cirque contemporain (La Dispute, 2011). Son dernier ouvrage, Amours Clandestines (PUL, 2016) explore le genre dans les relations amoureuses extraconjugales durables.

Catherine Deschamps

« Instrumentaliser le VIH pour séduire et draguer dans l’espace public »

  • A partir d’une recherche ethnographique dans des espaces publics et semi-publics parisiens de femmes hétérosexuelles et multipartenaires, il s’agit de montrer comment le VIH a pu modifier le rapport à la séduction et à la drague lors des premières rencontres avec des inconnus, par delà des questions de santé. Vers le tournant des années 2010, inviter ou ne pas inviter le VIH lors des prémices de sexualité permet à la fois d’effectuer un tri, de mettre en scène et en rôles des images de soi et de l’autre, de faire des promesses sur l’avenir qui, pour partie, n’ont plus à voir avec des préoccupations strictement préventives.

 

PROGRAMME : seminaire-sante-et-sexualite-programme-court-DEF

Observatoire du sida et des sexualités
Université Saint-Louis – Bruxelles
Bld du Jardin Botanique 43, 1000 Bruxelles
T. +32 2 211 79 10 – Contact

Logo Wallonie

Politiques de la Jeunesse et Politiques culturelles. Université de Liège. 26-27 mai 2016

Université de Liège, Faculté des Sciences Sociales, 26 et 27 mai 2016

 SITE : http://events.ulg.ac.be/jeunes-culture

Dans le monde francophone, les politiques de jeunesse et les politiques culturelles tendent actuellement à converger. Nombre de propositions sont émises en vue d’une articulation plus étroite des actions destinées à la jeunesse dans les forums dédiés à la citoyenneté culturelle des jeunes (Québec), dans les groupes de travail en charge d’une planification et de coordination des politiques locales (Plan «Jeunesse» de la Communauté française de Belgique), dans les analyses et commentaires qui ont suivi la publication de plans d’action (Livre vert du Haut-Commissaire à la Jeunesse en France).

La rencontre d’intervenants « du terrain » semble confirmer qu’à l’heure actuelle, les politiques de jeunesse et les politiques culturelles coexistent sans être nécessairement coordonnées. Il y a pourtant un lien étroit entre le temps de la jeunesse, la sociabilité et la consommation d’activités culturelles : la période des études supérieures et de l’entrée dans la vie professionnelle constituerait « une parenthèse culturelle enchantée » (Dal et al., 2015 : 22) qui se réoriente avec les engagements conjugaux et parentaux. Bien plus, les projets artistiques seraient un lieu privilégié d’engagement des jeunes, parce qu’ils leur permettent une réelle prise d’autonomie et une inscription dans une démarche collective (Toche, 2009). Dans une visée d’émancipation sociale, l’accès à la culture est promu parce qu’il ouvrirait l’opportunité d’une appropriation de valeurs d’enrichissement, de communication, de création, de production, d’imagination, d’action collective (Meyer-Bisch, 2013). Dans une visée d’éducation citoyenne, l’expression artistique pourrait soutenir le vivre-ensemble dans un contexte où diverses formes d’identités culturelles, ethniques, nationales, religieuses et post-nationales ont vu le jour dans l’espace public (Martiniello, 2014). Pourtant, les matières artistiques et culturelles n’occupent qu’un rang mineur ou subalterne dans les priorités politiques, y compris dans les politiques de jeunesse. Pourquoi ?

Il serait tentant d’invoquer les évolutions du marché de l’emploi et les glissements démographiques dus au vieillissement de la population et aux mouvements migratoires. Les préoccupations artistiques et culturelles sont secondaires comparativement aux enjeux d’orientation, d’autonomie, de logement, d’engagement citoyen, etc. Si elle n’est pas délaissée, la culture est considérée comme un medium, un support ou un adjuvant pour l’inclusion sociale des jeunes, comme un outil de lutte contre la pauvreté : les synergies entre la culture et les politiques sociales, urbaines, éducatives, de jeunesse, démultiplieraient l’impact de ces politiques (Lebon, 2013 : 22).

Il serait audacieux de poser l’hypothèse que les pouvoirs publics ont pris acte d’une forme de « privatisation » de la culture, du fait de la diffusion des technologies numériques qui refaçonnerait l’usage du temps libre des individus. Désormais, l’offre culturelle inclut une « culture d’écran » (Donnat, 2009), que la prolongation du temps de la formation contribue à consolider. Les démarches de création artistique et culturelle s’expérimenteraient sur de nouvelles scènes virtuelles, accessibles à tous et à moindre coût.

Il serait impertinent d’évoquer les modalités actuelles de régulation et de coordination des activités culturelles et de jeunesse, d’animation et de subventionnement des dispositifs locaux. A côté de l’Etat ou d’autres pouvoirs publics, un grand nombre d’opérateurs issus des mondes associatifs ou communautaires s’y côtoient. Et dans la réflexion qui entoure l’orientation ou l’impulsion à donner aux politiques de jeunesse, aux politiques culturelles et aux éventuelles connexions entre ces deux matières, il n’est pas acquis que les pouvoirs publics et les opérateurs locaux aient le même poids et la même capacité d’influence, que les logiques d’action des différents opérateurs soient d’emblée conciliables. La segmentation, le cloisonnement et parfois la dispersion des initiatives locales pourraient être préjudiciables à la mise en place d’une politique de jeunesse qui concoure à la réalisation de deux objectifs généralement prônés par les pouvoirs publics : la promotion de la participation sociale des jeunes et l’amélioration de leurs conditions de vie.

Faire se rencontrer les politiques culturelles et les politiques de jeunesse, les intervenants des deux secteurs ne va pas toujours de soi. Développer des logiques d’action commune n’est pas sans difficultés non plus.

Premièrement, quelle visée pour une politique culturelle de la jeunesse ? Mettre l’action culturelle au service d’un projet politique ? Démocratiser l’accès aux biens culturels ? Au risque de succomber à «l’emprise de la culture dite légitime qui fait de l’accès à la «grande» culture une affaire d’évangélisation sur fond de culpabilisation » (Heinich, 2011 : 43) ? Poser les bases d’une citoyenneté culturelle ? Mais quelle extension donner à cette citoyenneté dès lors qu’il est question de groupes d’individus qui ont déjà accès à la citoyenneté juridique (droits des enfants) et, pour partie, à la citoyenneté politique (majorité politique, droit de vote) ?

Deuxièmement, comment articuler l’idée de création, consubstantielle de la sphère culturelle, et celle d’expérimentation, associée à la construction contemporaine de la jeunesse en tant que période de la vie ? En d’autres termes : créer, est-ce la même chose qu’expérimenter ? Créer, est-ce endosser une responsabilité sociale et politique (Vander Gucht, 2014) ? L’émotion et l’expérience esthétique (Fleury, 2011) n’auraient-elles pas en elles-mêmes une vertu ou une valeur intégrative ? La culture, passée « à la moulinette » des dispositifs ou des institutions de socialisation, en ressortirait-elle appauvrie, édulcorée ? La culture hip hop mise au service d’objectifs de participation et d’inclusion sociales finirait par perdre son âme (Faure et Garcia, 2005). La pratique du skate ne s’enfermerait pas dans un skatepark : la rue est son terrain essentiel (Calogirou, 2005). Si l’expression et la création culturelles restent pour partie liées à des dispositifs institutionnels ou institués, tels que l’éducation artistique et culturelle au collège (Bozec et al., 2013), les animations théâtres ou musicales à l’école, les activités initiées par les maisons de jeunes,… sont-elles pour autant des avatars d’une forme scolaire d’éducation artistique ? Ces dispositifs restent-ils imprégnés des logiques de contrôle qui conforte les visées éducatives ?

Troisièmement, comment estimer les apports d’une politique culturelle de la jeunesse ? Souvent, les intervenants actifs dans les associations subventionnées par les pouvoirs publics dénoncent le poids

des logiques d’accountability : la création culturelle, le travail de jeunesse ne pourraient être déclinés ni vérifiés en indicateurs de performance, quantitatifs ou qualitatifs. Se pourrait-il alors qu’il soit possible de valider l’intervention et les engagements pris par l’émotion qu’ils suscitent, bien plus que par les gratifications éventuellement acquises ou escomptées ? Se pourrait-il aussi que, dans la mise en œuvre des activités culturelles de jeunesse, l’immédiateté, la communion dans une même sensation l’emportent sur la projection, la planification et la prospective ? L’émotion esthétique, inhérente à l’expérience artistique, pourrait-elle être à la base d’une (re)configuration de l’expérience juvénile, par exemple en un « art de vivre communautaire » (Ricard, 2000) ?

A l’inverse, la création d’un nouvel espace d’intervention, entre la culture et la jeunesse, pourrait être appréhendée comme une opportunité offerte à des cultures urbaines de se constituer, à la croisée de la démocratie politique et de la transversalité artistique (Duport, 2011). L’espace public aurait alors une place et un statut déterminants, lorsque des jeunes détournent le sens du mobilier urbain, inventent, innovent, créent de nouveaux usages de la ville (Calogirou, 2005) : c’est alors que la culture émerge en tant que « problème social » (Neveu, 1999) par l’action volontariste de différents opérateurs (professionnels, artistes, éducateurs, jeunes,…). Si la culture elle-même a fait l’objet de conceptions et d’approches historiquement situées (Genard, 2011), il y a fort à parier que les pratiques culturelles juvéniles ne font pas d’emblée partie des cultures légitimes, et par ailleurs y prétendent-elles? Ne révèlent-elles pas plutôt, comme cela a été suggéré plus haut, les contradictions ou les tensions « de principes socialisateurs culturellement hétérogènes » (Lahire, 2004) portés par les différents intervenants ?

Les échanges au cours de ces deux journées d’études aborderont quatre thématiques : les obstacles à la mise en œuvre d’une citoyenneté culturelle par les pouvoirs publics ; les tensions générées par la rencontre des logiques d’action portées par les intervenants «culture» et les intervenants « jeunesse » ; l’identification d’une orientation pédagogique propre à l’expérience artistique ; la construction de la culture juvénile (au sens plus restreint de création artistique) en tant que problème social ou problème public. Ces échanges seront également nourris de l’expérience propre à des intervenants en charge de deux dispositifs d’action où l’expérimentation des arts est pensée comme une façon d’agir sur des problématiques sociales et culturelle : le Laboratoire Artistique Populaire de l’association Keur Eskemm (Rennes) ; l’ASBL Lézarts Urbains (Bruxelles).

Ces journées sont destinées aux chercheurs, aux enseignants, aux décideurs politiques, aux intervenants en charge des dispositifs d’action et d’intervention dans les secteurs culturels et de jeunesse, ainsi qu’à tous ceux qui entendent mettre en œuvre, à l’échelle locale, une politique de jeunesse.

 

Références bibliographiques

Bozec Géraldine, Barrère Anne et Nathalie Montoya, 2013, « Les parcours La Culture et l’Art au Collège : enquête sur un dispositif d’éducation artistique et culturelle », Laboratoire CERLIS, Université Paris-Descartes

Calogirou Claire, 2005, « Réflexions autour des Cultures urbaines », Journal des anthropologues, 102-103, 263- 282.

Dal Cynthia, Demonty François et Justine Harzé, 2015, « Les pratiques culturelles en Fédération Wallonie- Bruxelles : regards croisés », Etudes. Politiques culturelles, n°5, mai, « Les publics de la culture », Observatoire des Politiques Culturelles, Fédération Wallonie-Bruxelles.

Donnat Olivier, 2009, Les pratiques culturelles des Français à l’ère numérique. Enquête 2008, La Documentation Française, Paris.

Duport Claire, 2011, « Des arts du hip-hop aux cultures urbaines. Entre démocratie culturelle, transversalités artistiques et revendication politique : une confusion des sens », in Coëllier Sylvie et Louis Dieuzayde (dir.), Arts, transversalité et questions politiques, Presses Universitaires de Provence.

Faure Sylvia et Marie-Carmen Garcia, 2005, Culture hip-hop, jeunes des cités et politiques publiques, La Dispute, Paris.

Fleury Laurent, 2011, Sociologie de la culture et des pratiques culturelles, 2e édition, Armand Colin, Paris.

Genard Jean-Louis, 2011, « Démocratisation de la culture et/ou démocratie culturelle ? Comment repenser aujourd’hui une politique de démocratisation de la culture ? », Communication au colloque international Cinquante ans d’action publique en matière de culture au Québec, 4-5 avril, Université de Montréal, publication électronique, mise en ligne en février 2011, http://www.gestiondesarts.com/index.php?id=2121

Heinich Nathalie, 2011, « Puissance de la modération », Le Débat, n°164, mars-avril

Lahire Bernard, 2004, La Culture des individus. Dissonances culturelles et distinction de soi, Paris, La Découverte

Lebon France, 2013, « Politiques culturelles et lutte contre l’exclusion sociale », in Le rôle de la culture dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, Service général de la Jeunesse et de l’Education permanente, Collection Culture Education permanente, n°19, Fédération Wallonie-Bruxelles, pp.22-24.

Martiniello, Marco, 2014, « Diversification artistique et politiques culturelles dans les villes multiculturelles. Introduction du dossier », SociologieS [En ligne], Dossiers, Diversification artistique et politiques culturelles, mis en ligne le 07 mars 2014, consulté le 30 octobre 2015. URL : http://sociologies.revues.org/4595

Meyer-Bisch Patrice, 2013, « Le droit de participer à la vie culturelle, premier facteur de liberté et d’inclusion sociale »), in Le rôle de la culture dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, Service général de la Jeunesse et de l’Education permanente, Fédération Wallonie-Bruxelles, Collection Culture Education permanente, n°19, 53-80.

Neveu Erik, 1999, « L’approche constructiviste des « problèmes publics ». Un aperçu des travaux anglo- saxons », Etudes de communication, 22, « La médiatisation des problèmes publics », 41-58.

Ricard Bertrand, 2000, Rites, code et culture rock : Un art de vivre communautaire, L’Harmattan, Logiques sociales

Toche Olivier, 2009, « Ouverture des rencontres de l’Hiver à l’Eté », Avignon, 14 juillet, Consultable sur http://www.injep.fr/sites/default/files/documents/introduction_debat_avignon.pdf, Consulté le 20/10/2015.

Vander Gucht Daniel, 2014, L’expérience politique de l’art. Retour sur l’engagement artistique, Bruxelles, Les Impressions nouvelles.

Comité scientifique d’organisation

Rosalie Aduayi Diop (Université Cheik Anta Diop de Dakar), Bernard Fusulier (Université Catholique de Louvain), Jean-Louis Genard (Université Libre de Bruxelles), Nicole Gallant (INRS Urbanisation Culture Société, Québec), Martin Goyette (ENAP Montréal), Jean-François Guillaume( Université de Liège), Emmanuelle Maunaye (Université de Tours), Mohamed Nachi (Université de Liège), Annie Pilote (Université de Laval, Québec).

Policies of gender-based violence at school: (re)producing classes through the norm of “egalitarian” masculinity »

Albenga Viviane, Marie-Carmen Garcia (2015), « Policies of gender-based violence at school: (re)producing classes through the norm of “egalitarian” masculinity », Colloque international 22-23 octobre, Social class in 21st century, Amsterdam Research Center for Gender and Sexuality, Amsterdam (Pays Bas).

Violencia de genero en los centros educativos

Podemos-Murcia Secretariada de igualdad

Laviolencia de genero en la escuela

Los actores de la institución escolar francesa se caracterizan por representaciones y prácticas que tienen como meta formar las conductas consideradas como « correctas » del alumnado en torno a la seducción entre ambos sexos. Pero, como vamos a mostrar, este control es diferente según el sexo del alumnado. Es decir, que las chicas y los chicos están sometidos a un tratamiento diferente en cuanto a su responsabilidad en las violencias y en la sexualización de las relaciones entre ellos y ellas. Se observa que, según estas normas, son las chicas las que asumen la responsabilidad de relaciones pacificas en los establecimientos escolares. En efecto, como veremos, la ideología dominante transmite la idea de « igualdad en la diferencia » de los sexos. Si bien esta ideología atraviesa todo el campo social, toma formas específicas dentro de la institución escolar : la responsabilización de las chicas por una parte, y por otra parte, la pareja heterosexual como norma

Conferencia en el marco de PODEMOS
PODEMOS